8ème édition du Printemps Asiatique, Guimet+, bilan de l'année 2024, futures expositions... :
Anne Yanover, directrice de la Programmation et du Public du musée Guimet a répondu à nos questions !
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© Aiman Saad Ellaoui
De la mythique cité d’Angkor à l’univers fantastique des mangas en passant par le regard que portent sur l’Asie les photographes Marc Riboud et Michael Kenna, l’année 2025 s’annonce éclectique et propice au voyage, entre patrimoine universel, création contemporaine et pop culture.
Le grand projet Guimet+ marquera incontestablement l’année 2025. Le musée Guimet se déploiera dans les territoires avec un dispositif innovant, sur quatre ans, dans plusieurs villes de France pour offrir au public une initiation à l’Asie à travers le meilleur de ses productions artistiques.
En mai 2023, vous rejoignez le musée Guimet en tant que Directrice de la Programmation et du Public, pourriez-vous nous décrire votre fonction ainsi que votre parcours ?
La direction de la programmation et du public est composée de 5 pôles : les expositions temporaires, les éditions, la médiation muséographique et la signalétique, la médiation culturelle et les publics et enfin, l'auditorium. Pour résumer, nous assurons le pilotage de toute l'offre au public du musée Guimet, à Paris, en France et à l’étranger.
À Paris, celle-ci s’étend sur trois sites : le musée Guimet sur la place d’Iéna, qui est le musée principal ; l’Hôtel d’Heidelbach en remontant l’avenue d’Iéna, qui accueillera bientôt « la Villa Guimet », centre international de recherche sur l'Asie, et enfin le Musée d’Ennery, Hôtel particulier donnant sur l’avenue Foch qui présente la riche collection japonaise, mais aussi chinoise, de Clémence d’Ennery et offre un voyage dans le temps à travers sa muséographie du XIXe siècle.
Depuis cette année, notre offre s’étend désormais sur le territoire national avec l’ouverture des Guimet+ dans plusieurs villes françaises ! Nous avons déjà inauguré Guimet+ Clermont-Ferrand et Guimet+ Digne-les-Bains, et ouvrirons cette année Guimet+ Montpellier.
Et à l’international, en Asie, ou encore aux Etats-Unis avec des projets d’expositions et de colloques. En mars prochain, nous co-organisons par exemple un colloque à Hong Kong sur les grands enjeux actuels des musées.
C’est donc un panel large et passionnant qui me permet de déployer une même vision dans l’ensemble de nos actions avec toute équipe de la direction de la programmation et du public, et en lien avec les autres directions du musée.
Précédemment, j’étais directrice du Musée d’art et d’histoire Paul Eluard à Saint-Denis, où j’étais arrivée en 2014 comme responsable du service des collections, avant de prendre la direction de l’établissement de 2019 à 2023.
Avant cela, j’avais travaillé dans un réseau de collections publiques d'art moderne et contemporain (occidental). J’ai passé 7 ans et demi sur les routes à aller dans des musées de toute la France et en Belgique, pour apporter du conseil en documentation et gestion de collections. J’apportais mon aide sur les projets complexes rencontrés par les musées et qui nécessitaient des conseils méthodologiques : récolement, inventaire réglementaire informatisé, déménagement de réserves, projet de publication commune de plusieurs institutions… J’intervenais aussi sur des questions plus scientifiques liées à l’art contemporain et sur des questions de restauration, afin de définir collégialement de bonnes pratiques professionnelles pour les nouveaux cas qui se faisaient jour.
J’ai ainsi eu l’opportunité de découvrir énormément de musées ! Au bout d’un moment, j’ai ressenti le besoin de m’investir dans l’un d’eux plutôt que dans 60, pour être plus proche des œuvres, des publics, des projets.
La prochaine édition du Printemps Asiatique aura lieu du 5 au 12 juin prochain et la programmation du musée Guimet s’annonce particulièrement riche, pourriez-vous nous en dire plus ?
La 8ème édition du Printemps Asiatique correspondra à un moment particulièrement important pour nous. Le Musée Guimet viendra d’ouvrir une exposition exceptionnelle sur les bronzes royaux d’Angkor, fruit d’une coopération internationale avec le ministère de la culture du Cambodge. Le Cambodge nous a confié l’un de ses plus beaux trésors : le grand Vishnu couché que le musée Guimet a eu l’honneur et la responsabilité de faire venir en France pour une étude au C2RMF (Centre de recherche et de restauration des musées de France), suivie d’une restauration au laboratoire Arc’Antique à Nantes et son soclage en vue de sa présentation lors de cette grande exposition qui s’ouvrira le 30 avril prochain. Cette sculpture exceptionnelle sera présentée en majesté dans la cour khmère du musée ! Le musée Guimet a également la responsabilité d’organiser l’itinérance de cette exposition aux Etats-Unis avant le retour des œuvres au Cambodge. C’est un très grand projet qui sera accompagné d’une riche programmation artistique et culturelle.
Nous pouvons d’ores et déjà annoncer la tenue d’un grand colloque le samedi 7 juin pendant le Printemps Asiatique sur la thématique des bronzes.
Une autre exposition qui nous tient particulièrement à cœur, et qui ouvrira le 11 juin 2025 pendant la 8ème édition du Printemps Asiatique, est l’exposition « Haïkus d’argent, l’Asie photographiée par Micheal Kenna » dont le commissariat scientifique est assuré par Edouard de Saint-Ours, conservateur des collections photographiques au musée Guimet. De magnifiques photographies de Michael Kenna seront présentées, ce sera la première rétrospective d’envergure de son travail en Asie, pour lequel il nourrit un attachement profond. L’exposition permettra également de découvrir les secrets de la technique minutieuse de Michael Kenna, dans une section consacrée à la fabrique de ces images.
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Vishnou, art khmer, époque angkorienne, seconde moitié du 11e siècle
Mébon occidental, Angkor, province de Siem Reap, Cambodge
Bronze
© Musée national du Cambodge, Phnom Penh / photo Thierry Ollivier pour le musée Guimet
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Michael Kenna, Huangshan Mountains, Study 1, Anhui, Chine, 2008.
Tirage gélatino-argentique.
Médiathèque du patrimoine et de la photographie
© Donation Michael Kenna, ministère de la Culture, Médiathèque du patrimoine et de la photographie
Quel bilan pour le musée Guimet en 2024 ?
L’année 2024 a été marquée par une belle dynamique, qui se traduit par un bilan de fréquentation très positif. La fréquentation du musée a bondi : plus 80 % en deux ans ! Alors que 2024 est une année marquée par les Jeux Olympiques qui ont provoqué des baisses de fréquentation dans la plupart des musées, la fréquentation du musée Guimet a tout de même crû de 22% par rapport à l’année précédente. Nous avons passé la barre des 300 000 visiteurs, ce qui n’arrivait plus depuis 2008 ! Nous avons reçu 171 608 visiteurs en 2022, 251 342 en 2023 et 307 281 pour l’année 2024. Une augmentation très importante que l’on espère voir amplifiée et pérennisée. Nous avons pour cela une stratégie de développement des publics et de communication très volontariste avec une programmation riche et pensée pour s’adresser à un public diversifié. Une enquête en 2022 montrait que la fréquentation était alors portée par des publics fidèles au musée Guimet, des connaisseurs auxquels on espère toujours donner satisfaction. Mais notre volonté est d’étendre, d’ouvrir le musée notamment à un public moins familier des musées ou des cultures asiatiques. En tant que musée national, il relève de notre mission de s’adresser à un public le plus large possible et de mettre en partage les trésors de nos collections.
C’est dans cette intention que nous nous sommes engagés dans un chantier de refonte de la médiation du parcours permanent pour 2025. Nous souhaitons donner davantage de repères aux visiteurs. Cette attention à tous les publics s’étend à nos expositions temporaires, nos publications, ainsi qu’à la programmation artistique et culturelle qui se doit d’être riche et diversifiée.
La fréquentation de l’auditorium est assez emblématique. Alors que nous avions 4344 spectateurs à l’auditorium en 2023, au cours de l’année 2024 nous avons dépassé la barre des 15 558 spectateurs. Le nombre d’évènements a aussi augmenté, on est passé de 72 à 100 évènements. Il nous tient véritablement à cœur de poursuivre cette dynamique et d’avoir une programmation la plus attractive possible.
Au cours de l’été 2024, le musée Guimet avait présenté à Draguignan une grande exposition sur les Routes de la soie. Désormais s’est ouvert en décembre dernier le grand projet Guimet + qui voit l’exposition de chefs-d’œuvre du musée Guimet en régions. Quel est la genèse de ce projet ?
Guimet+ est le projet de déploiement territorial de nos collections en régions. Le point de départ est qu’un musée national a vocation à s’adresser à l’ensemble des publics à l’échelle nationale et pas seulement à celles et ceux qui ont la chance de passer la porte du musée, à Paris, dans le XVIème arrondissement. Il fallait donc se saisir de cette mission.
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Traditionnellement, les musées nationaux sont présents en régions par des prêts d’oeuvres, des dépôts d'œuvres, des expositions temporaires ou itinérantes (présentées 3 à 5 mois en moyenne) ou bien par des actions artistiques et culturelles hors les murs. Notre idée avec Guimet+ était d'imaginer un projet cumulant tous les bienfaits de ces types d'actions dans un programme à la fois ambitieux et pérenne. La question du temps est essentielle puisqu'il faut du temps pour tisser des liens avec les acteurs culturels locaux, avec la communauté éducative, avec les associations, notamment qui œuvrent dans le champ social, et avec les différentes typologies de publics (ou de non-publics).
Nous voulions agir sur la durée, en profondeur, afin que le projet ait du sens, au-delà d’un effet un peu évènementiel : comment marquer profondément les publics de ces territoires dans lesquels le musée s’investirait ?
L’engagement, très fort du musée est de rester 4 ans dans chaque lieu, tout en cherchant à renouveler les contenus pour maintenir l’attractivité. Guimet+ propose ainsi la découverte d’une aire culturelle différente chaque année.
Le projet accorde une attention très particulière à son impact carbone, comment ?
En effet, on sait que les expositions temporaires ont un impact carbone important, lié d’une part aux scénographies que l’on construit et que souvent l’on détruit en fin d’exposition – bien qu’au Musée Guimet nous imposons à nos scénographes de réemployer en partie le mobilier utilisé (vitrines, cloches…), tout en restant très créatifs. C’est un point auquel nous accordons une très grande importance. Néanmoins, même avec cette attention particulière, il y a toujours beaucoup de constructions et donc de destructions. Le parti-pris fort et innovant que l’on a adopté c’est une scénographie pérenne pour 4 ans. Nous y reviendrons car c’est un point qui nous tient fortement à cœur.
La question des transports est également très lourde surtout lorsqu’il s’agit de transports internationaux aériens. Il s’agit ici de transports en France en camion, ce qui représente un coût carbone moins important.
Les déplacements de publics constituent également un enjeu important en termes d’impact environnemental. Guimet+ est pensé pour une échelle locale, celle de la ville, de la métropole ou du département. Bien sûr, nous espérons qu’il suscite un intérêt à l’échelle de la région, voire qu’il puisse attirer des touristes, mais nos publics seront essentiellement locaux, donc là aussi nous contribuons à une diminution de l’impact carbone de l’exposition.
Nous évoquions la scénographie, justement, de quelle manière avez-vous eu envie de présenter les pièces aux publics ?
Pour réussir à avoir une même scénographie pendant 4 ans avec une exposition différente chaque année, il fallait trouver des astuces. Je dois dire que la réflexion a été extrêmement enrichissante intellectuellement. On a réussi avec une formidable équipe de conception-réalisation, à l’aide de scénographes très créatifs et innovants, à imaginer une scénographie qui soit puissante tout en s’adaptant aux différents contenus.
Chaque année, nous renouvelons les contenus en présentant une aire culturelle différente : Chine, Japon, Monde indien et Monde himalayen. L’idée est d’avoir des Guimet+ simultanément dans différentes villes françaises et de faire circuler les contenus.
Ces « contenus » Guimet+ présentent des chefs-d’œuvre des collections nationales, accompagnés d’outils de médiation ambitieux. Nous avons construit le projet à partir d’une exposition-type : une introduction suivie de 4 sections auxquelles s’ajoute une section territoriale permettant à nos partenaires de présenter des pièces de leurs collections. Par exemple, les musées de Clermont-Ferrand conservent des collections de textiles asiatiques très intéressantes, qui n’étaient jusqu’alors pas du tout présentées aux publics.
Dans chacune des quatre sections du parcours, nous avons introduit un module de médiation qui s’adresse à l’ensemble des publics, y compris les enfants et les publics en situation de handicap. Ces modules comprennent des dispositifs olfactif, sonore et visuel (décryptage d’une iconographie avec un écran tactile). Une des sections est dotée d’un dispositif davantage ludique.
De plus, un espace immersif propose aux visiteurs de plonger dans un lieu emblématique des aires géographiques proposées. Pour la Chine c’est un studio de lettré, pour le Japon, un pavillon de thé. Pour les deux autres aires géographiques que nous allons concevoir cette année, ce sera un salon de musique pour le monde indien et une chapelle, pour le monde himalayen.
Les thématiques du parcours ont été pensées pour des publics non familiers des cultures asiatiques : la beauté, le sacré, le prestige et la transgression. Ce sont des thématiques absolument universelles, dans lesquelles chacun et chacune peut se reconnaître. Il nous a semblé que c’était une manière de faciliter la rencontre avec ces cultures qui peuvent sembler lointaines pour beaucoup de visiteurs.
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"Dans le studio du lettré"
Guimet+ Chine au musée d'art Roger-Quilliot de Clermont-Ferrand
© Rachel Prat
"Le sacré"
Guimet+ Japon à la Maison Alexandra David-Neel de Dignes-les-Bains
© Rachel Prat
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Comment avez-vous collaboré avec les différents musées en régions ?
Guimet+ a été conçu par le musée Guimet, en dialogue étroit avec nos partenaires en régions. C’est le Musée Guimet qui s’est chargé de la sélection des œuvres, en lien avec l’ensemble de la conservation et dans une logique de co-construction avec nos partenaires territoriaux.
Sur le plan budgétaire, c’est le musée Guimet, avec ses mécènes, qui porte toute la conception et la production du dispositif ainsi que son installation dans les différents sites. Nos partenaires territoriaux ont la charge de la conservation préventive, de la surveillance, de la médiation humaine et de la programmation.
Quel(s) autre(s) projet(s) pouvez-vous nous annoncer pour l’année 2025 ?
2025 est une année très importante au musée Guimet avec l’exposition que nous évoquions précédemment sur les bronzes royaux d’Angkor. Une autre très grande (puisqu’elle occupera tous les espaces d’expositions du musée) et ambitieuse exposition ouvrira le 19 novembre 2025 sur les mangas. Les deux expositions photo à venir nous tiennent aussi beaucoup à cœur. Tout d’abord, Marc Riboud et le Vietnam en mars prochain, puis comme je le mentionnais, les photographies d’Asie de Micheal Kenna le 11 juin, pendant la 8ème édition du Printemps Asiatique.
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Sous la vague au large de Kanagawa - Hokusai Katsushika (1760-1849)
© GrandPalaisRmn (MNAAG, Paris) / Harry Bréjat
Hué, Dans la rue principale de la citadelle, Sud Vietnam, 1968
© Marc Riboud / Fonds Marc Riboud au MNAAG
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En savoir plus :
Musée national des arts asiatiques - Guimet
Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h00 à 18h00.
6, place d'Iéna, 75116 Paris
Maison Alexandra David-Neel de Digne-les-Bains
27, avenue du Maréchal Juin, 04000 Dignes-les-Bains
Ouvert tous les jours (sauf le lundi)
Du 1er avril au 30 novembre de 10 h à 18 h
Du 1er décembre au 31 mars de 13h30 à 17 h
Musé d'art Roger-Quilliot de Clermont-Ferrand
Place Louis-Deteix, Quartier historique de Montferrand, Clermont-Ferrand (63000)
Ouvert tous les jours (sauf le lundi)
Mardi, mercredi, jeudi et vendredi de 10h à 18h
Samedi et dimanche de 10h à 13h et de 14h à 18h